LinkedIn Facebook Instagram Twitter Youtube

La Maison intelligente des Petits Rois, une démarche centrée autour de l’humain

Un texte rédigé par Isabelle Langlois

Le rêve d’une maison intelligente accueillant des jeunes vivant avec une déficience intellectuelle et/ou un trouble du spectre de l’autisme se concrétise de plus en plus.

Une démarche collaborative de longue haleine entre la Fondation des Petits Rois, l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Videotron, le Laboratoire à ciel ouvert de la vie intelligente (LabVI) et l’École de design de Nantes Atlantique mène à un premier appel à projet pour le prototypage d’une nouvelle technologie conçue spécifiquement pour cette maison connectée adaptée à cette population aux besoins particuliers. Ces jeunes nommés affectueusement « Petits Rois » par la Fondation du même nom, vont bénéficier dès janvier 2022 d’un milieu de vie unique au Canada grâce à la force de ces partenariats.

 

Cet espace de vie vient répondre aux préoccupations qu’ont les parents vis-à-vis le passage à l’âge adulte de leur enfant. « Après 21 ans, il y a littéralement aucun service pour nos jeunes, déplore Vânia Aguiar, la fondatrice de l’organisme Les Petits Rois. Ils font face à des listes d’attente auprès des CIUSSS qui peut s’étirer jusqu’à 10 ans pour trouver une place d’hébergement. Pour chaque personne sur la liste, un parent doit laisser son emploi pour s’occuper de son jeune. Ce dernier perd des acquis lors de cette période d’attente sans intervenant avec lui. »

En réponse à cette problématique, la présidente de l’organisme a réfléchi à la création d’une maison où les nouvelles technologies soutiendraient l’apprentissage en continu des jeunes de 21 ans et plus. Elle imagine un milieu de vie garant d’un niveau d’encadrement, de soutien et d’accompagnement leur permettant de s’épanouir et de gagner en autonomie.

Des collaborations fructueuses

En 2017, elle partage alors son rêve avec un chercheur de l’UQTR qui démontre rapidement son intérêt. Par la suite c’est au tour de Vidéotron, un instigateur du LabVI, de vouloir s’impliquer. « Vidéotron à la volonté d’être plus qu’un acteur économique, mais aussi un acteur sociétal mettant à la disposition de la communauté ses compétences en ingénierie pour contribuer à faire de cette fabuleuse idée de la Maison Connectée des Petits Rois une réalité, justifie Fabrice Briatte, analyste principal au département de planification et d’innovation de Videotron. Cette maison innovante répond à la vision de la compagnie d’être Le Complice de Votre Vie Connectée. »

C’est alors que le projet d’hébergement connecté de la Fondation Les Petits Rois commence à prendre forme. Premier consensus entre les partenaires, il est essentiel de centrer leur démarche autour de l’humain comme le veut l’approche du design thinking. L’UQTR joue alors un rôle clé afin de comprendre les besoins des futurs résidents de la maison, de définir leur comportement et leur émotion lors de leur routine.

Cette étude du quotidien des Petits Rois permet de déterminer deux problématiques qui passe à l’étape d’idéation: aider les résidents dans leur apprentissage des tâches et aider la direction de la maison à gérer le flux d’information afin d’optimiser le plan d’intervention des résidents.
C’est à ce moment que les étudiants de l’École de design de Nantes sont rentrés en jeu. « L’innovation sociale ne se fait pas seule, c’est pourquoi nous avons jumelé des employés de Vidéotron et les étudiants afin de présenter au Comité décisionnel des Petits Rois une série de concepts reliés aux problématiques visées. »

L’École de design s’est impliquée sans hésitation. « Pour certains, le design peut paraître superficiel mais ce n’est pas du tout la vision que nous prônons et enseignons, évoque Julie le Ster, responsable pédagogique du Studio Montréal à l’École de design de Nantes. Nous aimons proposer des projets près du réel qui serviront à de véritables utilisateurs. »

 

Ce dernier est donc devenu le travail de session de 17 étudiants et étudiantes divisés en quatre équipes. « Notre premier défi a été de comprendre et de s’adapter aux besoins particuliers des Petits Rois », relate Elsa Souchet, une des étudiantes qui a développé la solution retenue. « Nous avons essayé de nous mettre dans la peau des résidents pour créer une solution très ciblée pour eux. » Julie le Ster souligne cet aspect central avec aplomb: « nous n’avons pas voulu mettre en avant la technologie, mais bien l’humain. »

De cette collaboration sur plusieurs mois est née Sacha, un personnage virtuel qui apparaît sur les miroirs de la maison afin d’accompagner les Petits Rois dans leur apprentissage et d’aider au maintien de leur acquis. Quand le Petit Roi rentre dans la salle de bain par exemple, il est identifié par Sacha grâce à la reconnaissance faciale. Cet avatar très simple montre alors les différentes séquences de la tâche que veut réaliser le résident comme le brossage de dents entre autres. Il encourage le Petit Roi à l’imiter, interagit avec lui et permet même de gagner des éléments pour le récompenser de ses efforts.

 

« Sacha est un compagnon, amical et agréable qui se personnalise aux besoins de chaque résident, décrit Elsa Souchet. Notre solution mise sur l’apprentissage par le mimétisme pour être accessible. La mécanique de jeux et de récompenses aide d’autre part à favoriser son autonomie.» Rien n’est laissé pour compte et les intervenants reçoivent même un suivi des interactions entre Sacha et le Petit Roi grâce à un système de notifications sur son téléphone cellulaire.

Prochaine étape, l’appel à projet

Le printemps s’annonce très intéressant pour les partenaires puisqu’il est temps de trouver une organisation qui réalisera le prototype de la solution Sacha. « La prochaine étape est de faire une preuve de concept par une entreprise qui prendra le relais. Nous visons toutes celles qui veulent oeuvrer en innovation sociale et qui voient un potentiel dans la solution proposée » , décrit Fabrice Briatte.

C’est l’occasion parfaite pour mettre son expertise au service d’un projet totalement unique. En effet, la maison connectée des Petits Rois ne se trouve nulle part ailleurs dans le monde. Selon Madame Aguiar, ce modèle pourrait être exploité pour d’autres clientèles comme la population atteinte d’alzheimer par exemple. L’objectif à long terme serait de multiplier ces milieux de vie innovants partout au Québec.

La force des divers partenariats a permis d’élargir la vision de la maison connectée imaginée au tout début. «Je trouve très important de mettre de plus en plus de gens autour de la table quand il est question de l’avenir des Petits Rois. Nous gagnons à travailler ensemble pour le besoin des enfants différents. Il y a tellement de potentiel à orienter la technologie au service de la population afin de complètement transformer la réalité de certaines familles », conclut Vânia Aguiar.

 

Appliquez à l’appel à projets dès maintenant.