La simulation au service de la pratique médicale

La simulation au service de la pratique médicale

Rajesh Aggarwal
Directeur, Centre Steinberg de simulation et d'apprentissage interactif et professeur agrégé de chirurgie à l'Université McGill,

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Mots-clés

  • réalité augmentée
  • formation
  • simulation
  • professionnels de la santé

La simulation au service de la pratique médicale

Published on:
15 février 2017
Date de l'événement:
Mercredi, 15 février, 2017 (Jour entier)

Le directeur du Centre de simulation et d'apprentissage interactif Steinberg de l'Université McGill, le Dr Rajesh Aggarwal, nous explique comment la réalité augmentée et la simulation modifient radicalement la façon dont les professionnels de la santé sont formés et éduqués.

Rajesh Aggarwal est professeur agrégé de chirurgie, chirurgien praticien en microscopie et directeur du centre de simulation de la Faculté de médecine de l’université McGill. Originaire de Londres, il était frustré par le manque de pratique au cours de sa formation médicale et de sa résidence en chirurgie. Sa quête d’une solution l'a amené à travailler avec Ara Darzi, à terminer son doctorat à Londres avant de passer quelques années aux États-Unis pour finalement rejoindre, à Montréal, l'équipe de McGill dont il fait parti depuis 3 ans. Il a passé sa carrière à chercher des moyens novateurs et efficaces qui tirent parti de la simulation et de la réalité augmentée pour améliorer et perfectionner la formation et la pratique en matière de santé.

Pourriez-vous nous parler de votre parcours et nous dire comment est né votre intérêt pour la formation par simulation?

Lors de ma formation médicale et de ma résidence en chirurgie, j'ai réalisé très rapidement qu'il n'y avait pas assez de possibilités pour moi de pratiquer ma technique en salles d'opérations, d’hôpital ou aux urgences. Pendant mes pratiques, si je faisais une erreur, évidemment, à cause du patient, mon supérieur prenait ma place. Je n'avais donc pas la chance de voir qu’elle était ma faute et, très souvent, mon supérieur prenait la main sans me donner d’explications.

À l’époque, on parlait aussi beaucoup de la réduction des heures de travail avec des temps de travail plus courts pour les médecins, et en particulier pour les chirurgiens. Je me demandais donc comment j'allais pouvoir tout apprendre avant de terminer ma résidence. Pour faire un parallèle, un sportif, un danseur ou un musicien qui souhaite devenir un professionnel, pratique beaucoup et tout le temps. Alors que dans mon cas, ma pratique se limitait à l'hôpital. J'avais besoin de m’exercer à l'extérieur de l'hôpital et pas sur de vrais patients; pour pouvoir m’entrainer, commettre des erreurs, demander à quelqu'un de me reprendre et recommencer, encore et encore; jusqu'à la perfection.

C'est à ce moment-là que j'ai découvert un professeur de chirurgie à Londres qui avait un laboratoire de réalité virtuelle pour former en chirurgie microscopique. En deux temps trois mouvements, j'étais là-bas pour compléter mon PHD. Nous avons constaté dans toutes les études que nous avons menées que si vous vous entraînez sur un simulateur, vous êtes bien meilleurs lorsque vous opérez des patients. Cela semble très simple et évident, pourtant, personne n'avait fait de recherches avant. Je suis maintenant à Montréal depuis près de 3 ans et mon travail principal, en plus d'être chirurgien, est de diriger le centre de simulation au Canada; qui est l'un des meilleurs au monde pour former non seulement des chirurgiens, mais aussi des médecins, des infirmiers, des physiothérapeutes, des nutritionnistes ainsi que toutes personnes engagées auprès de patients.

Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur les avantages de la formation par simulation pour les professionnels de la santé actuels et futurs?

Voici un bref aperçu du travail sur la simulation: nous la décomposons en « trois règles d'or ». L'une consiste à enseigner ce que nous appelons les règles de procédure, ce qui signifie apprendre les techniques de base comme la pression artérielle, les tracés cardiaques, comment poser une intraveineuse, jusqu’à la chirurgie et la réanimation. La deuxième est d'apprendre à parler à un patient, donc développer des compétences de communication : comment comprendre vraiment le problème du patient, comment expliquer ce que nous pensons être le traitement possible. Ici, nous travaillons principalement avec ce que nous appelons des « patients standardisés », c’est à dire des acteurs qui sont très bien formés pour rentrer dans le rôle du patient et apprendre des scénarios complexes pour que nos étudiants et résidents puissent vraiment être en mesure de s'impliquer avec ces patients fictifs. Cela suppose des conversations difficiles avec ces derniers comme l’annonce de l’arrêt des soins, ou d’un diagnostic. La troisième règle est ce que nous appelons la formation d'équipe afin d’apprendre à travailler avec une équipe composée de différents médecins, d’infirmières ainsi que le patient lui-même. Par exemple, aujourd'hui, je travaillais avec quatre infirmières différentes, deux anesthésiologistes, et deux anesthésistes ainsi que deux autres chirurgiens stagiaires. Avec une vingtaine de personnes dans la salle, il est essentiel de savoir communiquer les uns avec les autres et de comprendre ce que chacun peut faire; ainsi en cas de complication, nous savons rapidement si nous pouvons la gérer ou si nous devons appeler quelqu'un d'autre.

Je pense que la chose importante de ces trois enseignements (communication, travail d'équipe et techniques de base) est de les rendre aussi proches de la réalité que possible sans pour autant laisser les étudiants livrés à eux-mêmes. Nous avons des superviseurs avec lesquels ils s’assoient après leur intervention, afin de faire ce que nous appelons un compte rendu; nous parlons de ce qu'ils ont fait, nous leur partageons nos commentaires, nous leur disons comment améliorer certaines choses et nous valorisons ce qu'ils ont fait de vraiment très bien pour que la prochaine fois ils le fassent encore mieux. Nous avons remarqué que si les gens ne savent pas leurs erreurs, ils les referont. Si vous ne leur dites pas, la simulation n'est pas très utile.

Il y a de nombreuses recherches qui démontrent que l'impact de la formation dans les centres de simulation conduit à de meilleurs résultats cliniques pour les patients : meilleures chirurgies, meilleurs soins, meilleures satisfactions des patients et meilleures équipes. Les données qui ont été publiées montrent, par exemple, que si vous vous entraînez en équipe, le taux de mortalité des patients diminue. Si vous améliorez votre communication, les patients reconnaissent une meilleure interaction avec le médecin ou l'infirmière. Si vous y pensez, chaque personne qui franchit la porte du centre de simulation verra des milliers de patients dans le mois ou l'année à venir. Donc, en formant les futurs résidents ou étudiants en médecine, nous avons un impact sur des centaines de milliers de patients chaque année.

Selon vous, quels sont les défis qu’il vous reste à relever au cours des prochaines années?

Je pense que l'un des grands défis est que nous avons réellement besoin que nos étudiants en médecine et résidents pratiquent; c’est-à-dire qu’ils arrêtent de passer 90% de leur temps à l'hôpital sans vraiment s’exercer. Actuellement, nous avons tellement besoin que nos résidents travaillent, qu’une grande partie du temps, la formation est délaissée. Il y a une excellente étude réalisée sur les étudiants infirmiers aux États-Unis pendant laquelle trois groupes ont été créés : le premier groupe suit une formation infirmière traditionnelle, le second intègre 50% de formation par simulation et 50% de formation traditionnelle et le dernier intègre 75% d'éducation traditionnelle et 25% par simulation. En termes de réussite aux examens de fin d’études, il n'y a pas de différence. Donc, vous pouvez tout à fait intégrer 50% de formation par simulation et avoir des étudiants qui réussissent tout aussi bien; ils n'ont pas besoin d’être en permanence à l'hôpital ou dans des salles de cours.

Je pense que nous devons aussi comprendre les aspects économiques de la simulation. Nous devons réaliser que ce n'est pas seulement plus rapide, mais aussi moins cher. Et à partir de là, nous devons regarder le retour sur investissement et penser à élargir le rôle de la simulation de sorte qu'elle ne devienne pas seulement une activité ponctuelle qui serait proposée une fois par mois, mais qu’on l’inclut comme un élément clé. Vous pouvez le faire à peu de frais, vous n'avez même pas besoin de construire un centre de simulation, il n’est pas nécessaire qu’elles soient toutes une simulation physique, cela peut être très interactif basé sur le jeu de simulation.

Pour plus d'informations sur le Centre Steinberg pour la simulation et l'apprentissage interactif, cliquez ici: http://www.mcgill.ca/medsimcentre/ 

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