La recherche et l'innovation parmi les priorités de McGill

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Vice-principale à l'innovation et à la recherche,
McGill

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La recherche et l'innovation parmi les priorités de McGill

Published on:
9 novembre 2017
Date de l'événement:
Jeudi, 9 novembre, 2017 (Jour entier)

Martha Crago est la toute nouvelle vice-principale à la recherche et à l’innovation de l’Université McGill, un mandat de cinq ans qu’elle a entamé le 1er juillet 2017.

Triple diplômée de McGill, Martha Crago est titulaire d’un doctorat et d’une maîtrise de l’École des sciences de la communication humaine ainsi que d’un baccalauréat spécialisé en anthropologie et en sociologie. Mme Crago a été désignée « Femme de mérite de Montréal » en 2000, « Chevalier de l’Ordre des palmes académiques » par le gouvernement de la France en 2009 et « Woman of Excellence » en Nouvelle-Écosse en 2015. L’Université McGill lui a également décerné un prix pour l’ensemble de ses recherches. C’est avec un immense honneur que nous nous sommes entretenus avec elle.

Parlez-nous un peu de votre parcours. Qu’est-ce qui vous passionne dans le domaine de la recherche et de l’innovation?

Tout a commencé pendant mes recherches avec les communautés autochtones. À l’époque, j’ai fait ce que l’on peut appeler de « l’innovation sociale »; c’est-à-dire que mon travail impliquait beaucoup les communautés, les commissions scolaires et le système de santé du nord du Québec. Avec la signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, les Inuits ont obtenu le contrôle sur leur propre gouvernance dans les écoles et dans les hôpitaux. Nous avons donc aidé à changer les services… C’était là l’innovation; au sens où on a inventé de nouveaux modèles de services grâce à une recherche menée en partenariat avec le secteur public. J’ai toujours aimé le travail de recherche, mais pour moi, il est essentiel qu’il soit mis au service des communautés avec lesquelles je travaille. Cela a toujours été ma façon de procéder et je crois que cela a aussi développé mon goût pour la collaboration.

Puis, je suis devenue doyenne des études supérieures et postdoctorales à McGill. Durant ce mandat, j’ai beaucoup apprécié les programmes d’études supérieures qui mettaient les étudiants en contact avec l’industrie comme le programme MITACS ou CRSNG. Ils leur permettaient de travailler dans d’autres laboratoires que les laboratoires universitaires, et donc d’être en contact avec l’extérieur.

Ensuite, je suis devenue vice-directrice internationale de l’Université de Montréal et mon grand désir était d’ouvrir les portes de l’université, que l’on soit en contact avec les communautés privées, internationales, publiques, etc.

Enfin, j’ai été nommée directrice de recherches à l’université de Dalhousie où nous avons mis en place de nombreux programmes qui impliquaient les partenaires internationaux et les compagnies privées. Quand j’ai appris l’ouverture du poste à McGill, je me suis dit que ce serait vraiment bien pour moi de retourner à Montréal et à l’Université McGill où j’ai débuté. De plus, la communauté académique de McGill était prête à évoluer dans le sens qui m’intéressait puisqu’elle avait renommé le poste de vice principal en y ajoutant les mots « recherche et innovation ». 

Quels sont les priorités et les changements que vous aimeriez apporter durant votre mandat de vice-principale à la recherche et à l’innovation de l’Université McGill ces cinq prochaines années?

Mettre en place des projets novateurs pour l’université, mais également sur le plan social. Et par innovation, j’en reviens toujours à cette définition que j’ai apprise il y a cinq ou six ans : « un nouveau produit, un nouveau processus ou un nouveau service ». Cela inclut donc beaucoup de choses. Cela peut être un nouveau service pour les réfugiés, une nouvelle façon d’enseigner dans les écoles, un nouveau produit à commercialiser, etc.

Mais le côté « partenariat », travailler ensemble, est aussi essentiel, car cela va nous mener vers la nouveauté. Construire des partenariats avec les secteurs publics, privés et internationaux voilà notre objectif. Le terrain est très fertile. Aujourd’hui la question est d’organiser cela à l’intérieur de l’université. Je travaille donc sur cette organisation.

Selon vous, comment se porte Montréal sur le plan de la recherche et de l’innovation par rapport à d’autres grandes villes au Canada et aux États-Unis?

La ville de Montréal d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle d’il y a dix ans. Elle est pleine d’opportunités! Il y a plusieurs OSBL, des espaces de coworking, des projets entrepreneuriaux, des possibilités d’aller à l’extérieur de l’université, etc. La ville bouillonne. Nous en avons encore eu la preuve dernièrement avec l’annonce de Facebook qui a choisi d’implanter son nouveau laboratoire de recherche en intelligence artificielle à Montréal! Cela démontre combien Montréal a, dans certains domaines, une véritable attractivité et suscite l’intérêt des gens.

Selon vous, quel est actuellement le défi le plus important que Montréal doit relever pour rester créative et innovante, et pourquoi?

Pour moi, c’est la capacité d’attraction, d’attirer les gens ici et de les retenir. Nous devons aussi, et surtout, trouver des solutions avec nos départements d’immigration pour les étudiants internationaux afin de leur faciliter la tâche lorsqu’ils souhaitent notamment créer une entreprise au Canada ou encore se rendre aux États-Unis pour acquérir de l’expérience parmi les grandes entreprises américaines. C’est un problème récurrent auquel nous sommes confrontés avec nos étudiants au postdoctorat. Alors, il faut se questionner : avons-nous essayé tout ce qui est possible pour que le Canada devienne un pays plus innovant? Et que nos villes le soient également?

Une autre chose que je peux dire sur Montréal c’est qu’elle est complexe. Comme je le disais plus tôt, ça bouillonne et il existe beaucoup d’acteurs. Est-ce que tout le monde comprend correctement ce que chacun fait et pourquoi? Est-ce que les gens s’investissent en fonction de leurs besoins?

Vous me disiez que le poste de Vice-principale à la recherche et à l’innovation est nouveau. Qu’est-ce qui a motivé l’Université McGill à fonder un tel poste?

C’est une question très intéressante, mais je n’étais pas ici lorsque cette décision a été prise. Je pense que cela vient de plusieurs facteurs.

Premièrement, la rectrice actuelle est l’ancienne Présidente du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada où elle avait mis en place de nombreux programmes de partenariats entre les industries du secteur privé et les universités.

Deuxièmement, je pense qu’il faut que tout le monde réalise aussi qu’au Canada, les universités sont des institutions publiques. Nous sommes financés par le secteur public – nous ne sommes ni Princeton, ni Harvard, ni Yale. Nous avons alors la responsabilité d’aider au développement économique de nos régions, de nos provinces et de notre pays. Ce sont les universités qui fournissent à nos gouvernements les preuves et les faits scientifiques sur lesquels baser leurs politiques. Je pense que nous avons cette obligation de communiquer ce que nous faisons au grand public, de partager nos trouvailles scientifiques avec les membres politiques et de créer des liens avec les organisations du secteur privé, pour les faire grandir et stimuler la création d’emplois. Je pense que McGill a réalisé qu’elle avait ce devoir comme celui de créer des liens avec les communautés locales.

Dans vos rêves les plus fous, à quoi ressemblerait le Quartier de l’innovation de Montréal de demain?

J’aimerais bien que ce soit un quartier qui continue à entretenir des liens forts avec les universités et qui crée toujours plus de partenariats entre les universités, le secteur privé et les différentes communautés de la ville.

J’ai visité, voilà longtemps, l’Université Waterloo. Ils avaient créé une petite communauté qui s’était installée dans une ancienne manufacture de cuir. Il y avait des bureaux pour des start-ups, des étudiants des universités avoisinantes, ainsi que des plus grandes compagnies. C’était un peu leur quartier de l’innovation à eux. Tout le monde se parlait, ils commandaient des pizzas ensemble, il y avait beaucoup d’échanges. Quand je leur ai demandé pourquoi les bureaux n’étaient pas situés sur le campus de l’université, les étudiants m’ont répondu qu’ils avaient besoin d’être à l’extérieur. Je pense que le Quartier de l’innovation est justement cette entité qui est à l’extérieur de nos « châteaux universitaires » et où on se rend pour créer des ponts, ouvrir des portes, ouvrir des fenêtres, faire des liens.

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