La parité, un moteur pour l’innovation

La parité, un moteur pour l’innovation

Fondatrice et Présidente,
La Gouvernance au féminin

Catégories

Industriel
  • Social & Culturel

Mots-clés

  • Parité
  • Femme
  • Société
  • Entreprises

La parité, un moteur pour l’innovation

Publié le:
6 décembre 2017
Date de l'événement:
Mercredi, 6 décembre, 2017 (Jour entier)
Photo: Mélanie Crête

Par Isabelle Langlois

Faire progresser la carrière des femmes sans plafond de verre ni plancher collant est une des cibles que s’est fixée Caroline Codsi, présidente et fondatrice de La Gouvernance au Féminin, une organisation à but non lucratif pour favoriser la parité et le leadership féminin.

Même si les femmes constituent aujourd’hui près de 50% de la main d’œuvre, la parité au sein des postes décisionnels est loin d’être atteinte. Au pays, 40% des sociétés cotées en bourse n’ont aucune femme au sein de leur conseil d'administration. Le milieu de l’innovation, des technologies et du génie n’échappe pas à ce constat et affiche des statistiques alarmantes.

En mode solution, la femme d’affaires Caroline Codsi fonda en 2010 l’organisme La Gouvernance au Féminin avec comme mission d’encourager les femmes à siéger sur des conseils d'administration. Sept ans plus tard, elle confirme que le milieu entrepreneurial a fait des pas dans la bonne direction. «Les entreprises conçoivent mieux la nécessité de donner une place à la diversité et aux femmes, constate la présidente de l’OBNL. On observe une prise de conscience des équipes de direction qui formulent maintenant des inquiétudes face à cette question-là.»


Photo: Mélanie Crête

Il faut dire que les avantages de la parité ne sont plus à prouver. Efficience, productivité et rentabilité ne sont que quelques exemples des plus-values qu’accompagne un souci de diversité au sein d’une organisation. «Ce n’est pas seulement les femmes et les entreprises qui en reçoivent les retombées. C’est toute la société qui en bénéficie!», fait valoir Caroline Codsi enthousiaste.

La parité a tout pour plaire, mais pourtant les femmes restent sous-représentées au sein des CA. Des domaines sont plus touchés que d’autres, dont le secteur des technologies où seulement 5 % de ses sociétés ont été fondées ou sont dirigées par des femmes au Canada. Les chiffres de cette récente étude corédigée entre autres par PwC légitiment les actions déployées par La Gouvernance au Féminin : les femmes représentent en moyenne 13% des équipes de direction des entreprises technologiques alors que 53% de ces dernières n'ont aucune femme cadre.

Cet écart entre les femmes et les hommes se creuse dès les bancs d’école, fait remarquer Codsi. Les sciences et le génie ne sont pas les filières où les femmes vont de prime abord, ce qui ne sous-entend pas pour autant leur désintérêt à ces domaines. Certaines entreprises ont compris le rôle qu’elles peuvent jouer. «Pour atteindre ces objectifs d’avoir plus de femmes dans ses rangs, certaines d’entre elles vont dans les institutions scolaires démystifier les métiers reliés au domaine du jeu afin d’encourager les filles à investir cette industrie. C’est progressivement ce qui se produit».

En 2018, 75 sociétés au Québec, aspirent à recevoir la Certification Parité de La Gouvernance au Féminin. Cette certification créée depuis mai vise à encourager la prise d’initiatives et à souligner les comportements gagnants. À la manière d’une ISO, la certification évalue en profondeur la volonté des compagnies. «Il y a le volet quantitatif d’une part, où on comptabilise le nombre de femmes au sein de l’instance, mais on jauge aussi le rôle que s’est donné l’entreprise. Le volet qualitatif évalue tous les gestes qui sont posés pour permettre aux femmes de progresser. Y a-t-il des politiques qui protègent les femmes des discriminations, du harcèlement ou de l’intimidation? Retrouve-t-on des mesures en équité salariale ou pour les jeunes mères?», donne en exemple Caroline Codsi.


Photo: Mélanie Crête

Les entreprises doivent prouver qu’elles ont mis sur pied des politiques et que ces dernières sont effectives. L’objectif est de mesurer les résultats, mais des entreprises consciencieuses peuvent tout de même recevoir des points pour leurs efforts aussi. «Parce qu’il y a des industries où c’est plus difficile que d’autres», concède la femme d’affaires.

Les récompenses ont la qualité d’inspirer. Déjà, des entreprises doivent patienter pour recevoir leur Certification Parité 2018. La Gouvernance au Féminin aspire à ce que toutes les sociétés québécoises leur emboîtent le pas au fil du temps, rien de moins. Elle vise également une Certification parité pancanadienne pour la prochaine année.

D’ici à ce que ce moment arrive, le travail de sensibilisation de Caroline Codsi se poursuit. Il s’opère auprès de Québec et d’Ottawa, ses chevaux de bataille depuis plusieurs années. Pour elle, il est clair que les gouvernements doivent légiférer. «Il est prouvé que les quotas fonctionnent. Si on a la solution, pourquoi perd-on du temps? Pourquoi faut-il attendre d’être les derniers? Les quotas ont fait bénéficier d’autres pays et il faut capitaliser là-dessus». Caroline Codsi peut énumérer de multiples exemples à l’international comme en France ou en Norvège. «Faut-il conclure que quand on légifère on trouve des femmes et quand on ne légifère pas on trouve des excuses?», questionne-t-elle avec aplomb. 

 «Aucune femme ne souhaite dire qu’elle est à un conseil d’administration parce qu’il y a un quota. C’est une discrimination positive nécessaire en ce moment, le temps que la situation change.»


Photo courtoisie de Caroline Codsi

Les gouvernements semblent être à l’écoute. Les portes qui étaient fermées aux quotas auparavant s’ouvrent tranquillement. «Les mentalités progressent. On voit des débuts et c’est encourageant.»

Pour celle qui a récemment interviewé Hillary Clinton, féminisme et innovation vont de pair. «Si on a des clones autour de la table, on arrive rapidement à un consensus. La diversité amène de points de vue différents. Chacun à sa propre perspective», conclut-elle. 

La parité, un moteur pour l’innovation