Jackie Chi Kit Cheung : le brillant avenir de l’intelligence artificielle

Jackie Chi Kit Cheung : le brillant avenir de l’intelligence artificielle

Professeur adjoint au Laboratoire d’apprentissage et de raisonnement,
Université McGill

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Mots-clés

  • innovation
  • Université McGill
  • intelligence artificielle
  • Santé

Jackie Chi Kit Cheung : le brillant avenir de l’intelligence artificielle

Publié le:
27 novembre 2017
Date de l'événement:
Lundi, 27 novembre, 2017 - 17:15

L’intelligence artificielle est à l’avant-plan de notre esprit collectif. D’Ex-Machina à Westworld en passant par Blade Runner, elle s’infiltre dans chaque volet de notre culture populaire. Elle nous fascine et nous terrifie à la fois. À mesure que la science progresse, des questions sociologiques surgissent. Que nous réserve l’avenir de l’intelligence artificielle, et comment pouvons-nous mieux comprendre ce que nous créons? Jackie Chi Kit Cheung, professeur adjoint au Laboratoire d’apprentissage et de raisonnement de l’Université McGill, répond à nos questions sur l’avenir de l’intelligence artificielle et sur le rôle de Montréal en tant que centre international de l’intelligence artificielle.

L’expertise de Jackie Chi Kit Cheung englobe le traitement du langage naturel (TLN), un domaine d’intelligence artificielle dans lequel les modèles de langage humain sont conçus pour mieux interpréter le texte et la parole afin de générer un langage fluide et approprié au contexte. Depuis 2015, il est professeur à McGill et appuie la pionnière de l’intelligence artificielle Joëlle Pineau, qui dirigera le laboratoire d’intelligence artificielle de Facebook attendu depuis longtemps à Montréal. Le 7 décembre, M. Cheung sera l’un des professeurs invités à une conférence sur le sujet lors de l’événement, déjà complet, Mat’Inno : Éthique et intelligence artificielle organisé par le Quartier de l’innovation en collaboration avec la Jeune Chambre de commerce de Montréal.

Pouvez-vous expliquer l’intelligence artificielle et certaines de ses applications concrètes dans le domaine de la santé?

De mon point de vue, l’intelligence artificielle est l’étude de la façon dont nous pouvons utiliser le calcul pour produire des comportements intelligents. L’intelligence artificielle touche le comportement plutôt que la façon dont les gens pensent, et elle permet de produire quelque chose de rationnel et d’utile, en quelque sorte. En ce qui a trait à son application dans le domaine de la santé, l’intelligence artificielle peut aider à améliorer les capacités des médecins et permettre à ceux-ci de mieux soigner leurs patients. Mes collègues et moi travaillons sur un projet ici à McGill pour créer un système d’administration d’insuline sous la forme d’un pancréas artificiel. Imaginez-vous un système automatisé capable de surveiller le taux de glucose dans le sang du patient et qui envoie automatiquement des signaux pour administrer automatiquement la quantité appropriée d’insuline sans que le patient ait à s’en inquiéter. On parle ici d’un élément rationnel parce qu’il est question d’optimiser quelque chose – la quantité d’insuline dont le patient a besoin – de façon efficace et utile. Il y a de nombreux autres exemples, comme les diagnostics. Vous pourriez aussi avoir un système d’intelligence artificielle capable d’aider un médecin à poser des diagnostics. Un autre exemple d’utilisation réside dans l’administration. Vous pourriez automatiser une grande part des tâches administratives requises dans un hôpital pour trouver des cas similaires aux cas qui vous intéressent ou pour planifier les chirurgies des patients, entre autres. Il s’agit donc d’être efficace et de compléter l’expertise humaine.


Crédit photo: Ryan Reisert

Il semble que le moment soit critique pour l’intelligence artificielle. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet?

Récemment, il y a eu beaucoup d’engouement à l’égard des techniques d’intelligence artificielle, et je crois que de nombreux gens essaient de tirer avantage de cet enthousiasme, de cet élan et de l’occasion de créer de nouvelles entreprises et même de nouveaux secteurs d’activité. Il semble que cette étape de progression dans le domaine amène de nombreuses occasions de commercialisation. À Montréal et dans différents centres canadiens, il y a de nombreux experts connus dans le domaine qui font d’excellents travaux depuis longtemps. Il y a aussi de bonnes occasions d’investissement, donc je crois que tous ces facteurs contribuent à l’engouement, tout particulièrement à Montréal.

Quel rôle Montréal joue-t-elle dans l’avancement des recherches sur l’intelligence artificielle?

Elle joue un grand rôle, plus grand que vous ne pourriez l’imaginer pour une ville de sa taille – elle est en position de force. C’est en partie grâce au fait que certains grands experts du domaine sont ici, par exemple Yoshua Bengio de l’Institut des algorithmes d’apprentissage de Montréal. Ici à McGill, nous avons des chefs de file comme Joëlle Pineau qui travaillent sur l’apprentissage par renforcement. Tous ces éléments contribuent grandement à l’engouement envers l’intelligence artificielle.

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos recherches au sujet du traitement du langage naturel?

Je travaille dans le domaine du traitement du langage naturel, soit l’intelligence artificielle appliquée au langage humain. Je travaille sur différents enjeux touchant l’extraction du sens du texte et le traitement requis pour générer du nouveau texte. Mon autre grand domaine de recherche vise en fait à modifier l’information dans un format que l’ordinateur est capable de traiter. Par exemple, une application que je cible depuis un certain temps est le résumage automatique. Pour résumer un document, vous devez en dégager l’information importante, puis la reformuler tout en la raccourcissant et en la condensant. Concrètement, dans le domaine de la santé, nous cherchons une façon de lire des textes au départ écrits pour des cliniciens et de les reformuler et les simplifier pour qu’ils puissent aussi être compris par les patients.

Dans vos rêves les plus fous, qu’aimeriez-vous accomplir grâce à ces recherches?

Il serait vraiment très utile d’avoir des agents automatisés capables de communiquer comme des humains. Je ne parle pas de créer un véritable humain, mais plutôt un système prévisible et utile qui peut interagir avec vous de façon très naturelle, donc il y a une légère différence ici. C’est comme avoir un agent intelligent qui est à la fois sensible et utile plutôt que d’en avoir un qui plaît nécessairement aux humains.

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